Interview André POUYA journaliste Burkinabé qui a eu la chance de pouvoir interview la regretté Thérèse SITA BELLA. Il nous raconte sa rencontre mais aussi son expérience au FESPACO. Une belle aventure restée gravé dans le marbre.
- Comment avez-vous atterri au sein du 11e festival de FESPACO à cette époque ? C’était votre première expérience ?

Très bien ! Je suis rentré au Burkina Faso, après neuf ans d’études, en France, en septembre 1979. Un mois plus tard, je travaillais comme journaliste généraliste au quotidien gouvernement, Sidwaya (« La vérité est venue », en mooré, une langue nationale burkinabè). Ce journal avait été créé, le 04 avril 1984, semble-t-il, par le président Thomas Sankara lui-même, en référence limpide au journal du Parti communiste de Russie, La Pravda. (« Vérité »,en langue russe). Le journal, créé, officiellement, le 05 mai 1912, parait à ce jour. En tant que journaliste d’État, j’avais été déployé au FESPACO, comme tant d’autres. Le comité d’organisation nous avait confectionné des badges nous ouvrant la porte à l’ensemble du festival : séances de film, marché du cinéma, débats divers, etc. On rentrait au siège du journal, pour les conférences de rédaction et proposer des critiques des films qu’on avait vus, la veille ou le jour-même. Une période d’intenses activités, d’aventures et d’exaltation du cinéma. À quelqu’un de mon profil, ce privilège permettait d’accéder à des personnalités du monde du cinéma et annexes. C’était ma première expérience de participation au FESPACO, en qualité de journaliste, ou mon baptême du feu. À ce titre, à certaines manifestations, on me demandait de décliner mon identité, car je n’étais pas encore tellement connu des confrères du pays…
- Est-ce que les accréditations presses étaient plus facile d’accès ? Est-ce qu’il y avait moins de protocole ?

En relation avec la réponse à la question précédente, je n’ai pas eu à solliciter ce sésame, appelé « accréditation ». On appelle cela « les avantages comparatifs », ce sont des facilités dont vous bénéficiez, lorsque votre pays abrite le siège d’une organisation ou d’une institution à rayonnement prestigieux. Mais, à ma connaissance, l’obtention de l’accréditation au FESPACO n’est pas tellement compliquée. Le site du FESPACO vous renseignera sur le sujet.
- Avant votre rencontre avec Thérèse Sita BELLA, connaissiez-vous cette femme ?
Non, pas du tout ! J’ai étudié avec des Camerounaises et des Camerounaises. Les questions que je leur posais avaient trait à mes auteurs camerounais favoris : Ferdinand OYONO, dont à ce jour, je lis et relis Une vie de boy puis Le Vieux nègre et la médaille ; Mongo BÉTI, dont j’apprécie, entre autres, Le pauvre Christ de Bomba, Remember RUBEN. Féru de politique, je leur demandais aussi, de temps à autre, des nouvelles d’hommes politiques camerounais disparus. De Thérèse SITA-BELLA, point !
- Comment s’est passée la mise en relation pour cette interview ?

Je ne suis pas passé par un intermédiaire. Parcourant, un jour de festival, les sites des différentes activités, j’ai été attiré par une dame, habillée tout blanc et coiffée d’un joli chapeau de même couleur, assise calmement au milieu de cinéastes. À l’époque, les chapeaux exerçaient un grand attrait sur moi. Étudiant, j’en avais une petite collection. L’arrivée de Mickael Gorbatchev a renforcé cette tendance, toujours à cette époque. Quand j’en portais, il arrivait que des camarades m’affublent de son nom, surtout les étudiantes et étudiantes en provenance d’Italie. Certains Africains, également. Ce péché mignon ne m’a pas quitté jusqu’à présent. Quand j’ai l’occasion de voyager au Kenya, j’en achète un au Duty Free Shop de l’aéroport. Le chapeau a été le facteur déclenchant de cette interview… (Rires)… À la vue de son chapeau, j’ai esquissé un large sourire auquel elle a répondu, timidement ou pudiquement. Cette réponse discrète a suffi pour m’encourager à m’approcher d’elle. « Assieds-toi, jeune homme ! » La conversation a démarré, de manière alerte. Elle faisait Vieille France. Un style que nous évoquâmes avec humour, un humour léger. Les présentations faites, mon intérêt pour elle s’est accrue. C’est ainsi que je sollicitai une interview. Nous primons rendez-vous pour le lendemain, vers 10 h. l’interview s’est déroulé dans une sorte de bungalow de son hôtel. Thérèse s’est livrée, sincèrement, heureuse de se raconter. Toujours aussi élégante, en chapeau, elle m’a posé des questions aussi sur moi : mon cursus scolaire, mes projets d’avenir … À mon retour au journal, je constatai que mon sujet n’emballait pas les collègues. Je sus que Thérèse n’allait pas quitter le festival avec un exemplaire du journal contenant son interview. N’en déplaise. Un collègue, parmi ceux qui faisaient le plus de piges, m’a suggéré de vendre mon papier à une autre publication. Cette recherche de vente de pige suffit à expliquer l’écart entre la date de la réalisation de l’interview (entre le 25 février et le 04 mars 1989) et celle de sa publication par le magazine Amina, en septembre 1989… Le magazine a réceptionné l’interview avec un enthousiasme qui m’a enchanté, l’a publiée, puis m’a payé, par mandat postal, selon l’usage de l’époque. J’ignorais alors que, trente-quatre ans plus tard, je serais toujours sur « mon sujet » …

- Que vous a-t-elle confié professionnellement que le public ne connait pas ?
Modestement et avec amertume en même temps, elle déplorait d’être si peu connue, comme on dit, et de n’être connue que partiellement. Elle m’a beaucoup parlé de son métier de pilote, par exemple. Apparemment, elle était encore prête à enfiler son uniforme et sa casquette de commandant de bord…
- Que vous a-t-elle confié personnellement que le public ne connait pas ?
Elle se plaignait d’avoir des projets, longtemps en jachère et sans perspectives de financement. Cependant, elle se montrait reconnaissante vis-à-vis du FESPACO, qui l’avait invitée à sa onzième édition, en compagnie d’autres pionniers du cinéma camerounais.
- Pourriez-vous nous confirmer qu’à cette époque la présence de cinéaste était beaucoup plus masculin ?
Il vous faudra interroger les historiens du cinéma africain.
- Avez-vous une anecdote particulière à nous raconter la concernant ?
Rien, sinon cette élégance Vieille France, ce charme discret, ce regard affectif, nostalgique, semblant percer des années lumières.
- Comment décrivez-vous la personnalité de cette femme ?
Très belle, élégante, d’une intelligence pointue, discrète. Je crois que Thérèse était à contre-emploi, sous-employée.
- Aviez-vous gardé contact avec elle après votre rencontre ?
Si. Comme elle m’avait laissé sa carte de visite, je me suis autorisée à lui écrire une lettre de remerciements pour l’interview, et aussi avoir de ses nouvelles. J’ignore si la missive lui était parvenue, avec les avatars des PTT (Postes et télécommunications), comme on les appelait à l’époque. Aujourd’hui, avec Internet et les courriels sans compter les téléphones portables, sans doute le contact serait plus facile, les échanges plus intenses. C’est la chance de l’actuelle génération, en la matière…
- Comment avez-vous appris son décès ?
J’ai appris son décès par le journal français, Le Monde. La nouvelle m’est tombée, brutale…
- Si Thérèse Sita Bella était vivante, qu’auriez-vous aimé lui dire ?
Bravo pour votre parcours. D’autres prendront le relais, pour parachever ce que vous avez entrepris, ce que vous avez semé.








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