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« Les enjeux de la résolution d’un problème de droit dans le monde réel sont très différents du même problème dans une salle de classe » Dr Ernest Folefack

Visartculture Par Visartculture
3 avril 2023
Temps de Lecture : 10 Min lecture
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« Les enjeux de la résolution d’un problème de droit dans le monde réel sont très différents du même problème dans une salle de classe » Dr Ernest Folefack

Dans le contexte camerounais, les possibilités  d’apprentissages pratiques ou expérientiels du droit sont assez rares. Une situation qui démontre de  façon la plus gênante qui soit l’une des plus grosses lacunes du système éducatif camerounais. Alors que faut t’il faire vu que le gouvernement peine à combler celle ci ? Si d’aucuns continuent de rester dans la théorie, certains proposent  des solutions pratiques, adaptées avec des résultats encourageants, mesurables et quantifiables. Le procès simulé est l’une des solutions qui peut être taxée d’innovante et adaptée. Organisé par  l’ONG Fountain of Justice Cameroon (FJC) dont le principal dirigeant est Dr Ernest Folefack, c’est une troisième édition pour la plaidoirie et le contentieux d’intérêt public qui annonce beaucoup de promesses au vu du succès encourageant des deux premières éditions.

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Pour marqué de façon mémorable le lancement du rendez vous aujourd’hui le plus important pour les professionnels, enseignants du droit et les étudiants,  Dr Ernest Folefack fait la couverture du magazine Petit Coin des Étudiants pour le mois de Mars. Un enseignant qui parle aussi bien la théorie que la pratique du droit. « Les enjeux de la résolution d’un problème de droit dans le monde réel sont très différents du même problème dans une salle de classe » Nous rappelle t-il.

Bonjour Docteur et bienvenue sur le petit coin des étudiants, pourquoi avez-vous choisi d’embrasser la profession d’enseignant d’université ?

Merci, pour m’avoir offert cette opportunité dans votre magazine destiné aux étudiants. Permettez-moi de digresser avant de vous répondre.  En réalité j’ai choisi les études de droit parce que poussé par une certaine passion pour la justice.  Chemin faisant j’ai compris que la justice est une idée et non un métier. Il me fallait un métier qui me permettra de rester dans le voisinage de l’idéale de justice. Je suis devenu enseignant de droit parce que la liberté consubstantielle à l’enseignement supérieur me permet de transmettre et pratiquer ma passion pour la justice. J’y suis depuis 24 ans avec un enthousiasme toujours renouvelé.

 

Ça représente quoi pour vous d’enseigner au quotidien des milliers d’étudiants à travers le monde ?

Comme indiqué plus haut, mon choix a été guidé par une certaine passion personnelle pour la justice. Je sais que les milliers d’étudiants qui ont bénéficiés de mes enseignements ont leurs propres passions et vont embrasser d’autres professions toutes aussi utiles pour leur propre épanouissement et partant bénéfique à la société. Le droit est une discipline au carrefour de la vie en société. Enseigner au quotidien le droit ainsi que les autres moyens de transmission des savoirs (publications, conférence, ateliers, colloques) au-delà de la discipline particulière dont le contenu pratique est transmis, pour moi c’est semer la graine de la justice qui est en toile de fond des leçons de droit. Comme tout enseignant digne de ce nom, je tire une grande fierté (quel que soit la modestie de notre contribution) de voir nos anciens étudiants se s’épanouir en bien dans société.

 

Votre plus belle expérience en tant qu’enseignant chercheur depuis vos débuts.

Belle expérience, au singulier c’est vraiment m’embarrasser car je peux parler à n’en plus finir de mes belles expériences. Permettez-moi de mentionner deux ou trois :

  • la première c’est qu’arrivant dans une université assez jeune à l’époque, mon Doyen m’a très vite fait confiance en me donnant les enseignements fondamentaux comme le droit international public, le droit communautaire et de l’intégration et les enseignements en DEA (Master 2 aujourd’hui) c’était une des raisons ayant motivé choix d’une jeune université, suivant en cela les conseils du Président de l’Université Montesquieu Bordeaux IV à l’époque ;
  • la deuxième c’est que j’ai comme collègue enseignants aujourd’hui plus de 20 de mes anciens étudiants qui ont toujours apprécié ma façon de transmettre les savoir,
  • troisièmement en Aout 2009 se tenait à l’Université de Lagos au Nigeria la Compétition Africaine de Procès Simulé en droits de l’homme, l’équipe de l’Université de Dschang est proclamée vainqueur des 72 équipes venant de toute l’Afrique et plus un des étudiant a gagné le prix du meilleur plaideur. En effet, depuis 2004 j’ai l’honneur d’être le coach des équipes de la FSJP pour les compétitions de procès simulés internationaux (Afrique du Sud, Ethiopie, Mozambique, Ghana, Sénégal, Niger, Etats-Unis, Allemagne etc) ;
  • quatrièmement depuis 2012 je suis le principal responsable juridique du syndicat des enseignants du supérieur : Secrétaire National aux Affaires Juridiques, du Contentieux et des Libertés. De cette position je fais mon mieux pour les droits des enseignants mais aussi des étudiants  de toutes les universités d’Etat
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Quelle est le principal reproche que vous faites aux enseignements dispensés dans les facultés de droit au Cameroun ?

Je dois d’abord vous dire que les facultés de droit du Cameroun ont le mérite d’accueillir un très nombre d’étudiants contrairement aux autres pays hors de la sphère francophone. Il est donc possible à tout jeune camerounais qui après le Baccalauréat ou le GCE A/level de faire les études de droit et gratuitement dans l’une des 10 (dix) facultés des sciences juridiques et politiques des universités de l’État. L’offre de formation en droit est donc abondante. Si les étudiants peuvent facilement décrocher les diplômes de droit, il n’en est pas de même pour décrocher un emploi sur la base de cette formation essentiellement théorique. Peut-on reprocher à l’université camerounaise une crise qui est systémique (monde francophone en générale) ? Ma réponse c’est oui et non.

En commençant par le non, le dirigisme de l’État pourvoyeur du financement impose une ouverture massive des facultés de droits rendant les apprentissages pratiques ou expérientiels impossibles faute des moyens tant en infrastructures qu’en ressources humaines.

Oui parce que pour l’essentiel ce sont les enseignants y compris les juristes qui proposent les programmes de formation et les normes de validation. Les études de droits permettent de s’insérer dans pratiquement tous les métiers. Il faut pour cela que certaines de ces métiers permettent aux diplômés d’apprendre dans le service d’où les concours pour accéder aux métiers comme magistrats, avocats, huissiers et notaires. Ce sont les métiers dits réglementés mais surtout de corporations qui se protègent de la concurrence malgré leur nature de profession libérale. Le taux d’absorption de nouveau diplômés du droit est moins de 1/100 alors que la société a soif des services juridiques à chaque coin des rues.

Par exemple au Cameroun on a moins de 3000 avocats pour plus de 25 millions d’habitants. Ce nombre est faible mais il y a les diplômés du droit au chômage incapable de rendre lesdits services à eux-mêmes car pendant tout le cursus Licence, Master et Doctorat, ils n’ont jamais pu résoudre un vrai problème juridique autre que dans la théorie. Les enjeux de la résolution d’un problème de droit dans le monde réel sont très différents du même problème dans une salle de classe. Lesdits enjeux dans le monde réel peuvent être la perte des revenues, les contrats, amendes, les condamnations à des peines y compris la peine capitale.

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Une  fois dans son cursus un étudiant qui aspire faire du droit son métier devra confronter une situation réelle pour mesurer ses capacités et peut-être se réorienter. Nos universités n’ont pu trouver un début de solution et c’est dommage. Dans les universités dans d’autres pays à défaut de placer les étudiant en stage, on les accorde les crédits pour la participation à résoudre les problèmes réels dans les cliniques juridiques

Pour ma contribution sans, pouvoir bousculer les pesanteurs institutionnelles, j’ai pu soutenir et booster la participation de la FSJP de l’Université de Dschang aux compétions internationales de procès simulés dans divers domaines du droit. Je mesure à ce jours les ouvertures que cela a offertes aux participants. La FSJP de l’Université de Dschang a pu ainsi participer à plus de procès simulés à travers le monde plus que les autres universités camerounaises réunies. Je peux citer le Concours Africain de procès simulé en droits de l’homme (12 fois),  Concours Rousseau (droit international public en français), le Concours Pictet (droit international humanitaire), Concours Jessup (droit international public en anglais), Concours CICR (droit international public), ELSA-WTO (droit commercial), Procès de Nuremberg (Droit pénal international) etc…

Depuis trois ans l’ONG Fountain of Justice Cameroon (FJC) dont je suis le principal dirigeant a dans le cadre de son initiative pour la plaidoirie et le contentieux d’intérêt public lancé son propre procès simulé qui prépare actuellement la 3ème édition.

A trois éditions déjà de la compétition de procès simulé que vous organisez avec l’ONG The Fountain of Justice Cameroun, quelles sont les principaux résultats mesurables et quantifiables que vous avez obtenus ?

En termes de résultats mesurables, je peux citer le nombre en hausse exponentielle de participants d’une édition à l’autre ; la qualité des plaidoiries produites par les étudiants, la multiplication par dix des moyens mobilisés par FJC et ses sponsors. Les sponsors pour nous sont les personnes physiques et institutions qui nous soutiennent financièrement et surtout matériellement. Aux rangs des institutions qui nous soutiennent : la commune de Dschang, l’Alliance Franco-camerounaise, les radios communautaires etc.

 

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrer dans l’organisation de cet exercice de pratique du droit ?

Les difficultés sont au niveau du financement notamment les moyens pour gratifier ceux des volontaires sans lesquels on ne peut réussir l’organisation des tours éliminatoires, les moyens pour inviter certaines personnes d’intérêt qui ne sont pas à Dschang. Il nous faut également les moyens de diffusion via les médias. Nous recherchons une chaine de télévision pour nous accompagner.

 

 

Quelle appréciation faites-vous de la participation des étudiants, des enseignants et de la société civile à cet exercice ?

La participation des étudiants est acquise, on aura toujours assez d’étudiants. Dans certains pays la participation est payante pour les équipes car il s’agit d’un accélérateur de l’apprentissage du droit dont aucun étudiant tout seul ne peut réaliser. Le revers de la gratuité c’est qu’elle empêche certaines personnes de mesurer l’importance du service rendu et surtout des sacrifices financières FJC.    Nous envisageons étendre graduellement la compétition à d’autres universités dès 2024.

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En ce qui concerne les enseignants, je peux dire que de plus en plus de mes collègues s’intéressent à l’exercice. Ce n’est pas la grande affluence car il s’agit des personnes souvent très occupées mais il y a un nombre suffisant pour m’assister notamment en siégeant comme les juges.

Pour la société civile nous sommes à la recherche de ceux qui peuvent tirer profit pour mieux aider notre société. C’est une société civile active qui est notre cible.

 

Quelles sont les objectifs fixés pour la 3eme édition du procès simulé dont les préparatifs et annonces sont déjà visibles sur les réseaux sociaux ?

L’objectif principal c’est la consolidation du mode opératoire notamment les bonnes pratiques de l’organisation efficiente de la compétition.

Parmi les objectifs secondaires, nous recherchons une extension des sponsors et à accentuer l’encrage locale de l’ensemble des services juridiques qu’offre FJC. En réalité, le procès fictif est le moment de l’évènement qui recherche la lumière pendant un temps limité. Par contre FJC offres les services juridiques comme une bibliothèque générale et de droit tant physique que numérique (les finalistes du procès fictif ont un an d’abonnement à la bibliothèque. Une clinique juridique offre les services au grand public. Un service de publication dans le domaine du droit va voir le jours cette année.

 

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Vos attentes et vos espérances vis-à-vis des personnes, des organisations qui sont impliquées dans l’organisation de la 3eme édition de l’exercice du procès simulé. 

Que chaque personne, chaque organisation ou toute autre entité impliquée considère le procès fictif comme son affaire personnelle. En réalité, bien malin qui est capable de désigner les bénéficiaires ultimes. Nous semons pour tous. C’est l’affaire de tous. Pour ma part, j’ai mis les moyens personnels pour que la 3ème édition soit un succès retentissant.

A quoi selon vous devrait consister les exercices de pratique du droit en contexte Camerounais dans nos universités ?

L’université camerounaise n’a rien à inventer, elle peut faire ce qui se fait ailleurs. Les universités dans les autres pays, surtout anglophones ont les cliniques juridiques. Les exercices dans ces cliniques sont les affaires concernant ceux qui ne peuvent pas payer les services juridiques d’un avocat ou tout autre prestataire des services juridiques.

A titre d’illustration, en décembre 2022 j’étais à en Afrique du Sud pour une conférence mondiale de l’alliance mondiale de l’éducation pour la justice. J’ai profité pour visiter les cliniques juridiques de trois universités : université de , Université de Western Cape,  Stellenbosch et l’Université de Cape-Town. C’est trois cliniques sont dans un rayon de 40 km.

 

Quel conseil donnez-vous à un nouvel étudiant qui s’inscrit en première année en faculté des sciences juridiques et politiques de l’université de Dschang ?

.Ils doivent immédiatement commencer à penser à faire carrière en utilisant le droit et se mettre au travail au-delà des cours chercher à pratiquer le droit. Les opportunités du travail exigeant une connaissance du droit sont partout dans notre société. C’est en forgeant qu’ils deviendront forgerons. Le faire dans un esprit de bénévolat. Ne jamais rater l’opportunité d’une compétition de procès simulé que se présentent à eux.

 

Par Rihanno Mars

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